Guides de Chamonix

Mont Blanc Ski et Guide Compagnie
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Fernand Bellin

Né le 20 juillet 1905 à Chamonix
Décédé le 04 juillet 1970, refuge du Couvercle

- Personnage original, bienveillant et attachant, il ne se mit jamais en avant mais n’en était pas moins un très fort grimpeur ! À son palmarès figurent les plus grandes courses du Massif du Mont-Blanc.
De part son agilité et son audace, il étonna et surprit ses contemporains. D’ailleurs, Roger FRISON-ROCHE, dans un de ses livres, qualifia Fernand BELLIN comme étant : « un véritable acrobate du rocher, grimpeur d’une rapidité étonnante ». De même, Gaston REBUFFAT souligna en parlant de Fernand : « Il grimpait d’instinct, comme un chat ».
D’autres dirent : « De tous les guides de sa génération, Fernand BELLIN était sans conteste le plus doué par la nature ».



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Une Famille de Guides :
- Fernand est originaire d’une famille de montagnards installée dans la vallée depuis des générations et dont on trouve déjà la trace à Chamonix au 15ème siècle.
Il arpente la montagne dès son plus jeune âge, d’une part par nécessité : obligations liées à la vie de l’époque... C’est assurément durant ses jeunes années qu’il développe cette agilité particulière qui va le caractériser et qu’il mettra en pratique tout au long de sa vie...
- En 1948, Georges sort major de la promotion des guides
- Dans la famille BELLIN, on est guide de père en fils. Ainsi, le père de Fernand, Denis Adolphe Bellin et son grand-père Julien Alexandre Bellin sont membres de la Compagnie des Guides de Chamonix.
C’est donc tout naturellement que Fernand poursuit la tradition familiale et devient guide à son tour. Il obtient son diplôme le 25 mai 1929.

- Deux des fils de Fernand, Georges et Michel, font perdurer la tradition en devenant membres de la Compagnie des Guides de Chamonix. En 1948, Georges sort major de la promotion des guides de haute montagne. Il devient à la fin des années 1950 vice-président de la Compagnie des Guides.
Michel
reçoit en 1951 son diplôme d’aspirant-guide, il sort deuxième de sa promotion.



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Courses en montagne :
- Alors qu’il est aspirant-guide, Fernand réalise en 1928,
La première
de l’Arête Sud du Moine.

- Tentative le 30 juillet 1934 de la mythique face nord des Grandes Jorasses avec Armand Charlet. Ce même jour, trois autres cordées (autrichienne, italienne et allemande) sont alors engagées dans la paroi.
BELLIN et CHARLET les rattrapent...
Frison-Roche raconte en parlant des deux guides Chamoniards : « Tous deux, dépassant tout le monde, sont à midi à 3500 mètres d’altitude, c’est alors que le mauvais temps fait son apparition. Quand on connaît la rapidité de cette cordée, on regrette presque qu’elle n’ait pas poursuivi, ce qui lui aurait permis d’atteindre la crête avant le gros mauvais temps… ». Frison-Roche continue en ces termes : « Les deux hommes les plus rapides de la région en terrain difficile étaient de taille à le faire…»

- Comme d’autres guides à cette époque, Fernand évite soigneusement de bivouaquer, se chargeant le moins possible. Pas de vêtements de bivouac ou de matériel superflu. Ainsi en 1952, il réalise accompagné par son fils Georges et d’une cliente la première de la Noire de Peuterey sans bivouac par l’arête sud.
Ils réalisent un tel horaire, qu’on les baptise : " les locomotives de l’arête sud ".

- Dans le même style, il effectue avec un client fort bon marcheur, mais peu expérimenté en tant que grimpeur, la traversée des Drus avec départ au premier train du Montenvers et retour dans la journée à Chamonix.Aujourd’hui encore, cela reste une performance !


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UN RECORD !!!


Guide : Fernand Bellin
Client : Raymond Latarjet

HORAIRES
:

- Plan de l'Aiguille : 3h (du matin)
- Sommet des Grands Charmoz : 7h30
- Sommet du Grépon : 10h15
- Col des Nantillons : 11h
- Aiguille de Blaitière (brèche) : 12h30 (la montée du couloir Spencer se faisant sans crampons)
- Sommet de l'Aiguille du Fou : 15h30 (la partie terminale du Fou se faisant sans lancer de corde)
- Col des Nantillons : 17h30
- Chamonix : 20h30


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Le Grépon est une des Aiguilles de Chamonix qui dominent la maison du quartier du Fouilly où habite Fernand.
Il gravit ce sommet plus de deux cents fois par toutes ses voies dont quarante fois par le versant de la Mer de Glace.



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Anecdote concernant une course au Grépon (années 1950) :
- Un client du guide Gérard DEMARCHI veut à tout prix aller au sommet du Grépon, mais durant tout son séjour dans la vallée de Chamonix la météo reste exécrable, et jamais Demarchi ne voudra faire cette course. Après réflexion, le guide dit à son client qu’il n’en voit qu’un seul capable de l’emmener au sommet malgré cette mauvaise météo : Fernand BELLIN !  Ce dernier accepte.
Les deux hommes partent sous la pluie, et à aucun moment de la journée où ils font cette course, les Aiguilles de Chamonix ne sortent des nuages.
Michel, le fils de Fernand, alors inquiet du sort de son père, se souvient avoir attendu en compagnie de son frère Georges l’arrivée du train du Montenvers qui devait ramener les deux alpinistes partis braver les éléments. Finalement, trempés de la tête aux pieds, le bout des doigts encore tout blanc, presque gelé, les deux hommes reviennent dans la vallée après avoir réalisé cette ascension du Grépon.
Le lendemain matin on peut observer les Aiguilles de Chamonix, toutes plâtrées de neige…


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Une Balayette aux Clocher-Clochetons
- Un jour, Fernand accompagne aux Clocher-Clochetons de Planpraz, le guide Emile FOLLIGUET et sa cliente,la Princesse Joséphine Charlotte de Belgique.
Une chute de neige récemment tombée a recouvert tous les sommets…
Fernand, très pragmatique et aucunement déconcerté par la chose, balayette à la main, enlève la neige tombée la veille sur le rocher et ouvre ainsi la voie pour Emile et sa princesse.


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Le guide acrobate et le musicien :
- Parmi la clientèle renommée venant à Chamonix durant le siècle dernier, Fernand accompagne entre autres, le musicien-acteur-écrivain : Maurice BAQUET.
Ils décident de faire ensemble l’ascension de l’Aiguille des Deux Aigles...


- Le sommet de l’Aiguille des Deux Aigles est constitué de "pointes", isolées les unes des autres.
Maurice Baquet racontera, qu’une fois arrivé au sommet de l’une d’elles, il a vu Fernand faire un bond et se propulser dans les airs, pour en atteindre une autre.

- D’une souplesse vraiment féline, Fernand est connu pour être capable de faire ce genre d’acrobaties (sans filet). Des guides et alpinistes se souviennent encore aujourd’hui, de son fameux "saut du Grand Gendarme" au Grépon.
- Une fois, en redescendant du refuge de l’Envers des Aiguilles à grande vitesse, avec sa fille Andrée Sylvaine, il s’arrête tout d’un coup.
Sans dire un mot, il s’envole depuis un surplomb et disparaît...
Sa fille, inquiète, le voit réapparaître après quelques instants, une marmotte dans ses bras.

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Ski de pentes
- Fernand est aussi un remarquable skieur. Il est un des premiers moniteurs de ski diplômé de Chamonix, et on lui doit dans les années 40, la descente du couloir vertigineux (45° de pente) qui porte son nom, situé sous la paroi du Brévent.
- En mars 1934, il participe avec Armand Charlet et Roger Frison-Roche à l’encadrement de la première école française de ski sur glacier, à partir du refuge d’Argentière.




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Quelques miracles en haute montagne :
- 1942, Massif de l’Oisans, il encadre un groupe de « jeunesse et montagne » qui effectue la traversée des Rouies.
Arrivé au sommet, Fernand et le lieutenant chef Gaston ROUILLON (responsable du groupe) discutent de l’itinéraire à poursuivre. Soudain, voulant assurer son assise, Fernand frappe fermement sur la neige, ce qui a pour effet de briser net la corniche sur laquelle ces deux là se trouvent. Gaston Rouillon se souvient avoir vu Fernand s’envoler dans un saut de l’ange...Les deux hommes se retrouvent sains et saufs, 400 mètres plus bas !

- Un autre miracle :
Lors d’une course aux Grands Charmoz, un bloc se détache d’un rocher et vient rompre sa corde, ce qui l’envoie quelque 150 mètres en dessous, sur le glacier de la Thendia.
Une de ses clientes, relatant les faits, dira qu’une dame blanche a accompagné et amorti sa chute...


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Secouriste :
- Bien avant la création du PGHM et son implantation à Chamonix, les secours en montagne étaient organisés par les guides. Fernand participe et dirige un grand nombre de caravanes de secours et reçoit à plusieurs occasions la médaille d’or du secours en montagne !

Sauvetage de guide :
- Une fois, vers le Mont-Blanc, Fernand se retrouve au Col du Dôme avec le guide Roger DEMARCHI qui se casse la jambe...
Le gros mauvais temps fait rage, « il neige à patins ! » (il neige à gros flocons). Les deux guides se doivent de rejoindre au plus vite le refuge des Grands Mulets ! Fernand part devant « châler » (faire la trace), car il ne peut avancer avec toute cette neige en portant Demarchi sur son dos. Puis il remonte le chercher, le porte jusqu’à l’endroit où la neige l’empêche à nouveau de progresser, et ainsi de suite jusqu’au refuge.
Le lendemain, une caravane de secours monte aux Grands Mulets pour évacuer Roger Demarchi.


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Un croyant :
- Le 19 septembre 1954, Fernand contribue à l’hommage rendu à la Madone pour installer une statue de la vierge Marie au sommet du Mont Dolent . Ceci, en collaboration avec d’autres membres de la Compagnie des Guides de Chamonix ainsi que des alpinistes suisses et italiens.
N.B. Le Mont Dolent est implanté à la limite des 3 frontières : suisse, italienne et française.



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Précurseur

- Fernand peut passer des heures dans la cave de sa maison du Fouilly, installé devant sa machine à coudre, à se confectionner toutes sortes d’équipements qui peuvent lui faciliter la tâche lors de futures ascensions. Il se fabrique un short avec cuissard et ceinture reliés à une corde qui reste fixe sur l’ensemble.

- Le guide Norbert BOZON dira, à propos de Fernand, qu’il était un précurseur au sujet de l’invention du baudrier.



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Un petit tour de benne?

- Durant les années 1960, Fernand travaille quelques saisons comme cabinier sur le domaine de Planpraz/Brévent. De temps à autre, au gré de son humeur,  il sort de la cabine et en effectue le tour (sans assurance), sous les yeux étonnés (on peut l’imaginer) de la clientèle de l’époque.



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Dernière course :
- Le 04 juillet 1970, il emmène une collective du bureau des guides au refuge du Couvercle.
Au départ du Montenvers, Fernand et ses clients rejoignent la Mer de Glace;franchissent moraines et crevasses, puis arrivent aux Égralets. Ils empruntent des échelles fixées dans la paroi avant de trouver le sentier qui mène au Couvercle. Le reste du parcours est sans difficulté; Fernand laisse passer son groupe devant et marche à quelques pas en retrait.
À cinq minutes de l’arrivée du refuge, les clients s’arrêtent un court instant et se rendent compte que leur guide ne les suit plus…Un des clients fait demi-tour. À une dizaine de mètres de là, il découvre son guide, couché dans la neige : Fernand est parti.......vers l’au-delà.
« Belle mort » pour ce montagnard.

"Pour toutes personnes voulant de plus amples informations à propos de Fernand Bellin, vous pouvez contacter son petit fils François, accompagnateur en montagne et membre de la Cie des guides, perpétuant ainsi la tradition".

MAISON DE LA MONTAGNE

190 place de l'Eglise
F 74400 CHAMONIX

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