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Jacques Balmat dit « Mont-Blanc ». Peinture de Bacier d’albe en 1787.
Descriptif

Jacques Balmat réussit la première ascension du Mont-Blanc le 8 août 1786 en compagnie du docteur Paccard. Plus de deux cents ans plus tard, les guides contemporains s'intéressent et s'inspirent encore de la trace laissé par Balmat. En témoigne cette article rédigé par Alain Ghersen, guide de haute-montagne et membre de la Compagnie des Guides de Chamonix, qui relate cet extraordinaire aventure.

Bien que cette expression ne signifiât rien de son vivant, Jacques Balmat a été un authentique alpiniste. Jacques vient au monde en janvier 1762, époque où l’alpinisme, qui n’en est qu’à ses premiers balbutiements, est loin d’être un fait culturel. Il naît au village des Pélerins où il passe toute son existence. Situé à quelques encablures de Chamonix, ce village est aussi proche du départ de la Montagne de la Côte. Cette montée de plus de mille mètres de dénivelé, que l’on appelle aussi « la Jonction », est la première partie en terre ferme de l’itinéraire historique de la voie originelle du mont Blanc. C’est depuis son sommet situé à environs 2500 m d’altitude que, le 8 août 1786, Jacques Balmat et Michel Paccard, après y avoir bivouaqué, ont pris pied sur le glacier des Bossons pour atteindre le mont Blanc. Il est exactement 18 h 23 lorsque ces deux enfants du pays foulent ensemble le point culminant de l’Europe qui, avant eux, n’a jamais été gravi. L’instant est historique ; et même en admettant que la découverte de cette voie originelle a été le fruit d’un effort collectif qui a duré environ vingt-cinq ans, les prospections et les expériences de Jacques Balmat sur le mont Blanc ont été particulièrement déterminantes pour la réussite de cette ascension.

Un jour de juillet 1775, Jacques monte seul en haut de la Jonction. Il a suivi quatre hommes qui, la veille, sont montés y dormir en vue de trouver la voie d’accès au mont Blanc. Tout en attendant leur retour, Jacques envie ces aventuriers, alpinistes de la première heure, et, du haut de ses treize ans, il sait déjà qu’il essaiera lui aussi un jour, une fois adulte, de fouler le sommet de la « taupinière blanche » ; c’est ainsi que certains appellent le mont Blanc, sommet identifié comme le toit de la vieille Europe dès le milieu du XVIIIème siècle, et qui devient dès lors  la convoitise obsessionnelle de citadins comme Saussure ou Bourrit. Saussure est un naturaliste, animé par un esprit de savant qui veut comprendre les phénomènes de la nature :  cette approche rationnelle et inédite de la montagne va profondément ébranler les croyances superstitieuses à son propos, croyances inscrites dans les imaginaires collectifs depuis des siècles. Son appel lancé dès 1760 pour trouver le meilleur itinéraire, avec à la clé la promesse d’une récompense sonnante et trébuchante, fait de lui le principal commanditaire de la « première » du mont Blanc. Par cette initiative, son obsession va se transmettre à certains autochtones ; Balmat fait partie de ceux-là et, vivant à pied d’œuvre, il a tout le loisir d’explorer la montagne dès l’arrivée des premiers beaux jours. Cette obsession va développer chez Jacques un esprit solitaire et entêté qui va s’avérer décisif pour la conquête du sommet.

C’est ainsi que, fin juin 1786, un peu plus d’un mois avant le succès en compagnie du docteur Michel Paccard, Jacques Balmat va vivre coup sur coup deux tentatives qui seront cruciales pour la réussite future. Alors qu’il redescend d’un essai solitaire de deux jours, il rencontre trois guides au pied de la Jonction qui, eux, montent en direction du sommet. Ces derniers font partie d’un vaste projet consistant à rejoindre une autre équipe engagée sur la voie du Goûter ; l’idée étant de savoir lequel des deux itinéraires est le plus rapide. La tentative de Jacques s’est arrêtée sous la rimaye barrant l’accès au mur final situé au-dessus du Grand Plateau. Bien qu’harassé par ce périple solitaire, Jacques décide de se greffer à l’entreprise qu’il voit comme une occasion de plus pour enfin trouver cette fameuse voie. Après s’être sommairement restauré et changé, il repart au milieu de la nuit afin de rejoindre les trois guides avant qu’ils quittent leur bivouac. Un peu surpris par son arrivée nocturne, ces derniers intègrent néanmoins Balmat dans leur « cordée » - même si la corde n’était pas encore d’usage. L’équipe du Goûter les rejoint au sommet du Dôme. Une fois tous réunis, ils poursuivent ensemble en direction de l’arête des Bosses. Au fur et à mesure qu’ils prennent de l’altitude, l’arête devient raide et effilée, jusqu’à un point qui les contraint à s’arrêter. Balmat croit encore, malgré l’augmentation pressentie de la difficulté, à la faisabilité de l’itinéraire, et il décide de continuer seul alors que tous les autres se résignent unanimement à redescendre. Dans une obstination hors-norme, il poursuit sur l’arête, même lorsque cette dernière s’effile encore au point de l’obliger à se mettre à califourchon. Après plusieurs heures d’effort et bien que sentant le sommet de plus en plus proche, il décide finalement de rebrousser chemin, repoussé par la trop grande technicité de la voie. Après avoir récupéré son sac et son bâton laissés au départ de l’arête, il entame sa descente ; c’est en se dirigeant vers le Grand Plateau qu’il repère, grâce à son point de vue plongeant, un passage lui permettant de contourner cette fameuse rimaye qui l’avait refoulé deux jours auparavant. Balmat en est à son troisième jour d’affilée en montagne et, quoique la fatigue commence à se faire douloureusement sentir, il se persuade à s’engager dans le passage. Aussi pugnace dans sa volonté d’atteindre le sommet que combattif dans l’effort, il va se tailler des marches dans la pente qui le conduira sur le dernier mur menant au toit de l’Europe. Alors qu’il atteint l’arête séparant le mont Maudit du mont Blanc, apparaissent au loin le val d’Aoste italien et le village de Courmayeur. La suite lui semble plus débonnaire mais, la lumière commençant à faiblir fortement, il craint d’être pris par la nuit au milieu de la pente. Convaincu d’avoir découvert enfin La voie d’accès, il reprend délicatement à l’envers les marches qu’il s’est taillées à la montée afin de rejoindre une zone plus plate avant que la nuit ne tombe pour de bon. C’est après avoir rejoint le Grand Plateau et commencé à se diriger vers le Petit Plateau que Jacques, pris par la nuit, n’a d’autre choix que de s’arrêter sur place et attendre le retour du jour. Une longue nuit commence durant laquelle son corps va lutter contre le froid, la faim, la soif mais aussi le sommeil, car son esprit, lui, doit se battre contre les croyances encore tenaces de son temps qui voient dans les glaciers des monstres susceptibles de manger ceux qui s’y hasardent. Arrêté précisément au bord d’une crevasse qu’il a sondée à l’aide de son bâton, Balmat expérimente in situ ce que les savants ont théorisé sur la montagne en la réduisant à une chose inerte, un milieu fait uniquement de pierre et de glace. Après cette nuit longue comme un jour sans pain, le lever du jour conjurera définitivement toutes les pensées magiques à propos des glaciers. Cet aperçu sur l’Italie suivi d’une nuit aussi éprouvante que révélatrice voit Balmat redescendre, habité par la conviction que le mont Blanc est désormais à sa portée. Il ne lui reste plus qu’à se requinquer, trouver le ou les compagnons idoines, et attendre la prochaine venue du beau temps.

Une fois le docteur Paccard convaincu de tenter l’aventure, toutes les conditions sont enfin réunies le 8 août de la même année. Sans corde ni protection solaire pour les yeux, les deux hommes marcheront dix-neuf heures aller-retour depuis leur bivouac situé au sommet de la Montagne de la Côte, avec une redescente tardive qui se fera à la faveur d’une pleine lune salutaire. Cette méthode d’ascension en continu est extraordinairement avant-gardiste : à l’aune de l’alpinisme actuel, on pourrait dire que cette course a été réalisée en « one-push » (anglicisme récent signifiant littéralement dans un seul effort). Cette ascension connaît un retentissement considérable, à tel point qu’elle est estimée par beaucoup d’historiens comme l’acte de naissance de l’alpinisme. C’est à partir d’elle que toutes les montagnes d’Europe, puis du monde entier, vont devenir des objets de convoitise. Cet engouement va peu à peu se définir et se structurer, pour donner lieu à cette activité si particulière qu’est l’alpinisme, synthèse inédite de sport, d’aventure et même, pour certains, d’art. Après le mont Blanc, Paccard reprend son métier de médecin et Balmat redevient le paysan, le cristallier, le chasseur de chamois et le guide intermittent qu’il était. Il empoche la récompense promise par Saussure et, adoubé par le roi de Sardaigne de laquelle dépend alors la Savoie, son nom est gratifié officiellement de la particule « dit mont Blanc », comme pour sceller inaliénablement son sort au point culminant de l’Europe. Jacques Balmat dit Mont Blanc remonte à plusieurs reprises au sommet, notamment avec Saussure - promesse oblige - qu’il guidera pour la troisième ascension en 1787.  Solitaire et passionné jusqu’au bout par la montagne, il disparaît seul en septembre 1834, à l’âge de soixante-douze ans, en cherchant de l’or sur le mont Ruan au-dessus du vallon de Sixt.

 

Bibliographie :

ROCHAT-CENISE Charles, Jacques Balmat du mont Blanc, Editions Malfère, Paris, 1929.

SPILMONT Jean-Pierre, Jacques Bamat héros du mont Blanc, Editions Guérin, Chamonix, 2014.  

         

 

         

 

                 

 

Submitted on 06/07/2020 in Histoire.

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