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Parole aux clients - Compagnie des guides de Chamonix 200 ans
Descriptif

Aujourd’hui, les guides de Chamonix tissent des relations passionnées avec leurs client(e)s. Ils sont bien plus que des compagnons de cordées, ils deviennent « des amis », des confidents. Souvent, quand on trouve « son » guide, on ne le quitte plus. Afin d’illustrer cette relation exceptionnelle et singulière, nous sommes allés à la rencontre de ceux qui font le métier, de ceux qui créent le guide, c’est-à-dire : les client(e)s.

 

« Un guide, c’est un passeur d’émotions et un révélateur de soi-même »

Lionel Pernollet est guide de haute-montagne, il s’élève sur le granit du massif et chausse régulièrement ses crampons avec son client, Philippe Berthier, demeurant à Hauteville-Sur-Fier, aux alentours d’Annecy. Depuis 14 ans, les deux amis partagent des expériences alpines. Ensemble, ils ont réalisé la voie Bonatti au Grand Capucin en 2011.

C’est grâce à Lionel que j’ai pu réussir » nous confie Philippe, « au-delà de notre amitié, notre relation est faite de confiance réciproque et de partage. Un guide c’est un passeur d’émotions et un révélateur de soi-même. » Une connaissance de soi, mais aussi de l’autre, se développe au fil des années entre les deux alpinistes. Selon Philippe : « rapidité et sécurité » sont les termes qui qualifieraient le mieux son guide. « On part tôt, on rentre tôt, et on évite de dormir en refuge. » C’est aussi ce qui caractérise « Nel ». A chaque guide son style, et à chaque cordée sa manière de faire.

Philippe et Lionel Compagnie des guides de Chamonix

Philippe et Lionel : l’amitié encordée.

Sylviane est une autre habituée. Elle a débuté l’escalade et l’alpinisme avec Lionel en 1996 dans le massif du Mont-Blanc et n’a jamais eu d’autres guides. Elle habite 5 mois par an à Servoz, tout près de Chamonix.

« Lionel, c’est un ami un peu particulier à qui je confie ma vie ». Le guide connaît sa cliente et ses capacités, « quand il me dit on passe par là, même si parfois je doute, je sais que grâce à lui que c’est à ma portée ». Sa course la plus mémorable fut la première : l’Arrête des Cosmiques, offrant une vue imprenable sur les sommets alentours. « J’ai commencé par des randonnées en montagne avec mes parents dès cinq ans, à Vallorcine. J’ai toujours rêvé d’aller là-haut mais cela me paraissait utopique ». Pour Sylviane « le guide ouvre les portes de sites fantastiques qui seraient sinon hors de portée ».

Sylviane et Lionel Compagnie des guides de Chamonix

Sylviane et Lionel au Brévent - photo prise en face sud de l’Aiguille du Midi - voie Piola

 

« Presque 400 journées passées ensemble. »

François-Eric Cormier est accompagnateur en montagne et DE canyon. Adepte de voyages ; lors de leur premier projet commun avec Malou en 2004, ils réalisent l’intégrale en 1 mois de la grande traversée du Zanskar, l’une des régions les plus reculées de l’Himalaya. Pour le duo, à chaque saison son activité : les raids en raquette en hiver, des randonnées durant la période estivale, et « un ou deux grands voyages à l’étranger suivant les années ». Ensemble, ils ont foulé le désert Namibien et les volcans du Kamtchatka et de Nouvelle Zélande, exploré à plusieurs reprises les grands espaces islandais, traverser les hauts-cols népalais et péruviens...

« Une grande amitié et une grande confiance s’est installée entre nous. Entre randonnées, séjours et canyons, notre relation date de plus de 16 ans! Avec au compteur, plus de 37 voyages, et presque 400 journées passées ensemble. » Des expériences marquantes et de nombreuses anecdotes font de leurs périples, des souvenirs inoubliables. Comme cette fois lors de leur trek de 30 jours enchainant tours du Manaslu, Annapurna et Dhaulagiri, où le mauvais temps les surprend à plus de 5000m « François-Eric décide de doubler l'étape pour ne pas être bloqué le lendemain, et nous trouve dans un terrain complexe un itinéraire astucieux et sécurisé pour le groupe et les porteurs. Heureusement car le camp où nous aurions dû coucher était enseveli sous un mètre de neige ! ». Attentionné et prévenant, François-Eric « nous demande toujours si on va bien, et quand les passages sont délicats, il anticipe pour sécuriser ou aider si besoin».

Malou et François-Eric Compagnie des guides de Chamonix

Malou et François-Eric - voyage en Islande en 2014

 

« Le guide est la mémoire de notre vallée, il transmet son histoire »

En France, sur les 1500 guides en activité, 2% environ sont des femmes. Fanny Tomasi-Schmutz est l’une d’entre elles. Depuis 5 ans et presque toutes les semaines, elle s’encorde avec Pierre Falda qui habite la vallée de Chamonix. « Nous sommes de très bon amis, on peut toujours compter l’un sur l’autre si besoin ».

« Pour pratiquer la montagne, le guide, est selon moi indispensable » confie Pierre. « Indispensable pour la sécurité et la prise de décision d’une part, mais également parce qu’il est l’ambassadeur de nos montagnes, il est la mémoire de notre vallée, il transmet son histoire ». Le guide tire vers le haut son client, non pas avec la corde mais avec la confiance. « Il y a des courses dont je ne pensais pas avoir le niveau » Mais grâce à Fanny, Damien et Jean-Phi (qui sont également membres de la Compagnie), j’ai pu les faire ! ». Se surpasser, repousser ses limites, vivre des moments intenses, le guide permet de s’élever vers de nouveaux horizons.

Pierre et Fanny - Compagnie des guides de Chamonix

La vierge de la Tour Ronde, Pierre et Fanny : des sourires communicatifs

 

« Je profite de la montagne à 100% »

Hugues a débuté la montagne et l’alpinisme chez lui, dans les Pyrénées. Puis par « par évidence et notoriété » déclare-t-il, « j’ai été attiré par le massif du Mt Blanc où j’ai rencontré Louison ». Louis Laurent est membre de la Compagnie des Guides de Chamonix et vit dans la vallée depuis plus de 15 ans. Il s’épanouit avec son réseau de clients qu’il a constitué au fil des années et qui lui font confiance.

Leur première rencontre remonte à 2005 alors que Louis était encore aspirant-guide. Depuis, chaque année: été comme hiver, Hugues se rend à « Cham’ » pour pratiquer l’alpinisme, toujours avec Louis. « Il m’est arrivé d’avoir eu d’autres guides lorsqu’il ne pouvait pas se libérer lors de journées improvisées. A ce moment-là il m’orientait vers un copain à lui. Au final, cela fait plus de 15 ans que cette corde relie notre amitié ». Les deux compagnons ont évolué et progressé conjointement en montagne : « Quand je suis encordé avec Louis je me sens complètement rassuré, je profite de la montagne à 100% ». Avec le temps et « les moments de complicités passés, cette relation de cordée guide/client s’est naturellement mutée en une amitié solide ». Quant Hugues grimpe avec son guide « à part sa tenue emblématique », il se sent comme « lors de sortie entre potes ». « Pour moi le guide c’est un accélérateur de sensations et un bouclier à la fois » déclare Hugues.

Hugues et Louis Laurent - Compagnie des guides de Chamonix

Goulotte "Vent du Dragon" a l'aiguille du midi en 2005. Une des expériences les plus mémorables selon Hugues.

Didier habite en Lorraine, il passe ses vacances à Chamonix depuis qu’il est enfant. C’est en 1971 qu’il découvre l’escalade aux Gaillands. Il pratiquera alors l’alpinisme avec des amis et ses enfants. Puis il engagera plusieurs guides pour réaliser des ascensions en haute-montagne, et fera la rencontre de Louis Laurent en 2008. Ensemble, ils feront la Voie Contamine au Grand Dru, l’Aiguille de la République et le Grand Charmoz, entre autres.

« Dans notre cordée, la responsabilité mutuelle, la bienveillance, et la confiance priment avant tout. » Certes, leur relation revêt également une forme « commerciale » par nature, mais c’est un aspect qui ne prend jamais le dessus. « Je vais avec un guide pour faire des voies ce que je n’oserai pas faire seul ». Un guide c’est « celui qui va devant et qui laisse cette place quand c'est techniquement possible ». Grâce à plusieurs guides, dont Louis, Didier a pu progresser en alpinisme et réaliser plus de 200 courses en haute-montagne.

Didier et Louis Laurent - Compagnie des guides de Chamonix

Didier et Louis au sommet.

Le client crée le guide. Sans lui, le métier n’existerait pas. Encordés, les moments qu’ils vivent sont exaltants, remplis d’émotions, et d’aventures. Ensemble, des relations de confiance et d’amitiés se nouent. « Ce sont les clients qui font que l’on n’existe et qui créent notre profession. » Propos de Olivier Greber, Président de la Compagnie des Guides de Chamonix. Pour le client, le guide donne accès à un nouvel horizon en lui permettant de transformer ses rêves en objectifs puis en réalité. Pour reprendre la phrase de Daniel Marguerat, théologien suisse : « Un horizon nous met en mouvement. Il convoque notre liberté. Il ne nous soumet pas, il nous inspire ».

Submitted on 05/04/2020 in Histoire.

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